Gilles Toulet

Du petit village de Bettencourt-Rivière dans la Somme où il est né en 1929, à celui de l’Oise , Le Mesnil-Théribus où il réside, Gilles Toulet est resté obstinément picard. Depuis quarante ans il écrit, seul, sans publier, que quelques nouvelles. Il faut dire qu’entre l’artisan peintre qu’il fut et le photographe reconnu que ses loisirs consacrèrent, il n’avait guère de temps. C'est aussi un ancien conseiller municipal et fondateur d'un centre social culturel. Ses travaux photographiques lui ont valu le grand prix La Ville et l'Enfant organisé par le Centre Pompidou en 1974. C’est donc sur le tard qu’il s’est replongé dans ses ébauches pour les mener à terme. Dans ses tiroirs dorment déjà deux autres romans. Empreints, eux aussi, de cette rudesse de la campagne picarde où son écriture trouve son souffle.

Résumé :
Si Barthélémy est le premier roman de Gilles Toulet, ce jeune auteur a des siècles d’écriture dans les doigts. On pense à Jean Giono, àAloysius Bertrand, comme à des pages minutieusement calligraphiées, luxueusement illustrées, d’un livre d’heures médiéval. Ici, les héros sont des artisans qui possèdent le savoir-faire de cent générations et, parmi eux, Barthélémy, menuisier, est le plus qualifié pour réaliser Le chef-d’œuvre. Mais il boit. Mais il fume toujours les cigarettes qui lui ont donné le cancer. Mais sa femme est partie. Etc. Simple chronique réaliste ? Non car il faut entrer dans le monde de Gilles Toulet, se laisser aller au moderato du concerto de Rachmaninov et à une valse de Lehàr ; découvrir enfin, sous les copeaux, le fameux « vaisseau prêt à larguer les amarres », accepter qu’au monde ordinaire d’un village moribond s’ajoute celui de la magie noire, de l’Ankou et des lavandières de la nuit.
Il a reçu la Médaille d’argent des Arts et Lettres en 2006. Picardisant depuis toujours, il l’écrit depuis une vingtaine d’années. Lauréat du Prix de la nouvelle en picard de Saint-Quentin en 2002, il a également obtenu le prix du public en 2004.

ch’est in picard

Prix de littérature en picard

À travers ce prix littéraire, les organisateurs souhaitent à la fois stimuler la création écrite en langue picarde et constituer des fonds de textes qui pourront ensuite être exploités de manière pédagogique par les enseignants et les pédagogues du picard. Ce prix 2010, comme les précédents, a été résolument porté par une volonté des organisateurs de promouvoir la qualité des écrits.

Palmarès du Prix de littérature en picard 2010

1er prix : Éch temps d’chu tango, de Micheline WAQUET, (Ailly-le-Haut-Clocher, Somme)

2e prix : Tcho D’mond, de Gilles TOULET, (Le Mesnil-Theribus, Oise)

3e prix : Ch’monste éd Pont d’Ness, de Jean-Paul CHAMPION, (Saleux, Somme)

4e prix : L’Aidjuile ed Varan, de Jacques DEFOLIE, (Veyras, Ardèche)

5e prix : Ch’l’erpos d’Noé, de Christian Nortier, (Saint-Omer-en-Chaussée, Oise)

 

Barthélémy est artisan menuisier. Il faudrait plutôt dire : artiste menuisier. Car Barthélémy maîtrise son art comme personne et a de l'or dans les doigts. Son métier est aussi sa passion : il tombe amoureux d'un chêne sur pied et met toute son âme dans les bijoux mobiliers qu'il crée. C'est la seule chose qui lui reste, d'ailleurs, depuis que sa fille a grandi, que sa femme l'a quitté et que ses poumons s'envolent dans la fumée des cigarettes. Pendant quatre saisons, la vie de Barthélémy et celle de son village nous sont contées. Quatre saisons d'une existence qui perd peu à peu l'équilibre, quatre saisons tendues vers un aboutissement le meilleur ou le pire.

S'il y a un style qu'on qualifie de "romans du terroir", l'œuvre de Gilles Toulet doit en être le plus digne représentant. Celui-ci nous plonge littéralement dans la vie des ouvriers villageois, ceux qui créent de leurs mains et qui jonglent avec les commandes. Il y a Barthélémy, bien sûr, un modèle dans son genre, mais aussi Benoît le peintre qui se tue au travail pour on ne sait trop quelle ambition, et Germain, le chauffagiste qui s'est tiré de justesse des affres de la faillite. Si Barthélémy reste le coeur de l'histoire, c'est au final le fonctionnement d'un village à l'ancienne que l'auteur recrée autour de lui.
Il nous plonge d'ailleurs dans l'atmosphère campagnarde en commençant par le vocabulaire : des régionalismes, des tournures de phrases un peu étranges qui déroutent au début mais auxquelles on s'habitue vite. D'autant plus que le style est une des composantes les plus remarquables de ce roman. Les descriptions sont délicieuses, les introspections des personnages dessinées avec une plume de caractère. Un petit passage pour vous mettre l'eau à la bouche :

"Si le mois de mai ne regarde jamais à la dépense, celui-là se montrait prodigue. Il houspillait le soleil, le poussant à cogner sec et chaud. Il égrenait le muguet dans les sous-bois, festonnait les haies de douces fleurettes blanches dont le parfum émouvait le coeur des adolescents. Sous son pinceau, les arbres des vergers se fardaient de délicats pastels. Quand le soleil brunissait, furieux, accablé de chaleur, les vieux poiriers se dressaient, lui faisant face dans leur redingote de pétales blancs. Le mois de mai remplissait au mieux son ouvrage de précurseur de l'été, jetant ses dernières touches il ourlait les boqueteaux de merisiers du voile des jeunes mariées. Robes immaculées qui entraînaient en farandoles leurs demoiselles d'honneur, cortèges de soieries, de taffetas, d'organdi. Ce mois de mai en faisait trop.Il faisait monter trop de sève. Il faisait bouillonner trop de sang."
Et le reste est à l'avenant, un style qui utilise le vocabulaire régional et campagnard, qui plonge dans les termes techniques précis des artisans, pour les incruster dans une dentelle de texte qui vaut son pesant d'or.
L'autre grande qualité de ce livre ce sont les personnages qu'il décrit. Ils sont peu nombreux, au final, et seulement d'eux d'entre eux peut-être (Barthélémy et Germain) sont révélés en profondeur. Mais la magie vient du fait que l'auteur nous les découvre petit à petit. D'un passage à l'autre, on a pitié de Barthélémy, on s'en fait une idée de rustre, puis on découvre son talent, puis on est touché par sa sensibilité, puis on s'interroge sur ses motivations. Au final c'est un diamant dont on découvre une à une toutes les facettes mais qui, malgré tout, nous surprend jusqu'à la toute dernière page - surtout à la toute dernière page, d'ailleurs.

Quel vent de folie et d'horreur a bien pu s'abattre autour de Saint-Quentin ? Il semble qu'un monstre hante la région. Malheur aux imprudentes qui osent s'aventurer dans les coins sombres, la vie ne leur sera pas épargnée. Attention : le cauchemar ne fait que commencer.
Le commandant Ninet, un militaire qui a combattu en Indochine et sous d'autres latitudes, porte un lourd secret. De retour chez lui, à Saint-Quentin, il lutte contre ses démons et ressasse une histoire d'amour impossible. Dans le même temps, un monstre hante les rues et frappe mortellement les femmes qui s'y aventurent la nuit. Les gendarmes sont sur ses traces mais, rapide et silencieuse, la « bête » disparaît aussi vite qu'elle a frappé. Quel drame se jouerait si le monstre et le militaire venaient à se croiser ?

Gilles Toulet est décédé le 25 Janvier 2013.

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