BOULANGER Fernand

Morts pour la France du Mesnil-Théribus :

BOULANGER Fernand Ernest (05/10/1897- 01/03/1916)

• Fernand Ernest BOULANGER est né le 5 octobre 1897 à 7h du matin au Mesnil-Théribus.
• Son père Désiré-Germain BOULANGER est tabletier-teinturier et sa mère Léontine CHOQUET est tabletière ; tous deux sont domiciliés au Mesnil-Théribus.
• Célibataire, Fernand BOULANGER est boucher résidant au Mesnil-Théribus.
• La loi du 7 août 1913 rétablit un service militaire de trois ans et fait passer à 28 ans la durée totale de l’obligation militaire répartie en quatre périodes:
▪.................le Service Actif ou armé de 3 ans.
▪.................le Réserve Active de 11 ans.
▪.................la Territoriale de 7 ans ( surnommés parfois ''pépère'').
▪.................la Réserve de la Territoriale de 7 ans.
▪.................le total fait 28 ans.
◦.................En passant de deux ans à trois de service armée, la France gagne 880 000 hommes; ce qui permet de créer dix régiments d'infanterie supplémentaires, d'où un corps d'armée supplémentaire sur les vingt et un déjà existants.

• En 1916, l'hécatombe des premières années de la guerre entraine la pénurie en hommes, ce qui amène à appeler les classes par anticipation. Ainsi la classe 1917 à laquelle appartient Fernand BOULANGER, est appelée sous les drapeaux le 7 janvier 1916 au lieu du 1er octobre 1917. Il passe donc le Conseil de Révision à Auneuil où il est déclaré « Bon pour le service armé », degré d'instruction 2, matricule n°196 au recrutement de Beauvais.

• Le 8 janvier 1916, Fernand BOULANGER est incorporé, il a 18 ans. Il reçoit son uniforme en drap bleu horizon, la crise de l'habillement de l'armée française se termine enfin. Remplaçant le drap tricolore, fait avec un mélange de laines bleues, blanches et rouges, les premières livraisons des nouveaux uniformes, gris de fer bleuté ou ''bleu horizon'', sont distribués dans les corps d'armée depuis fin septembre 1914. Il a fallu attendre la fin de l'année 1915, pour que toute l'armée française en soit équipée. Le nouvel uniforme, dessiné par Paul Poiret (le couturier qui a supprimé le corset des femmes), n'est pas totalement apprécié par les poilus car la couleur bleu horizon résiste mal à la lumière et aux intempéries et il est vite délavé.

• Fernand BOULANGER reçoit également le nouveau casque Adrian, mis au point par le sous-intendant militaire Adrian. Ce casque, inspiré de la bourguignotte, un casque médiéval, a été conçu avec l'aide de Louis Kuhn, chef de l'atelier d'agrafage mécanique des établissements Japy Frère, à Beaucourt, près de Belfort. D'autres entreprises, comme Jouets de Paris, ont été mobilisées pour fabriquer plus de 3 millions de casques en 1916.
• Fernand BOULANGER reçoit avec son paquetage ses deux plaques d’identification. En 1914, le soldat ne portait qu'une seule plaque du modèle 1881 avec un cordon en coton. Par décret du 14 mai 1915, il doit en porter deux au cou, mais le plus souvent le soldat en met une au poignet avec un cordon en coton et l'autre au cou avec une chaînette en métal. Au recto, est indiqué son nom, prénom, le millésime de la classe de recrutement; au verso, le nom de la ville du bureau de recrutement et le numéro de son matricule du recrutement. En cas de décès du soldat pendant les combats, une des deux plaques reste sur le corps. La seconde est retirée par le gradé témoin de la mort du soldat, afin de renseigner le journal de marche du régiment et de prévenir la famille.

• Fernand BOULANGER arrive au corps le 10 janvier 1916 comme soldat de 2e classe, à la 28e Compagnie (Cie) (*), du 148e Régiment d'Infanterie (RI) du Lieutenant-Colonel Vignier (casernement à Givet et Rocroy), 8e Brigade d'Infanterie (Bde) du Général Gérôme, 122e Division d’Infanterie (Div) du Général Régnault, Armée d'Orient. Son matricule au corps est le n°12896. Le matricule au corps est propre à son régiment; ce numéro figure sur chaque pièce de son paquetage pour qu'il puisse identifier ses affaires.

• Rappel année 1915
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◦ Alors que début octobre 1915, le 148e RI est à Mathis à quelques kilomètres à l'est d'Epernay, le bruit court qu'on va renforcer les troupes engagées en Champagne. Selon d'autres, la 122e Div est désignée pour partir pour l'Armée d'Orient qui vient d'être créée en Grèce, afin de soutenir l’armée serbe, menacée d’anéantissement par les Bulgares et les Autrichiens.
◦ Le 12 octobre, la dernière rumeur s'avère être la bonne: le Régiment embarque à Epernay pour gagner Toulouse.
◦ Le 24 octobre, le 148e RI débarque à Toulouse. Les hommes pourvus depuis un mois du casque en métal, défilent dans les rues de la ville.

◦ À Toulouse, on procède à l'équipement particulier des hommes pour cette région de Macédoine, à la fois montagneuse et marécageuse dans les vallées, et à la transformation des équipages. Les voitures sont remplacées par des ''arabas'' à deux roues attelés à des mulets. Les mulets sont affectés à chaque Compagnie pour le portage des munitions et des bagages; ils sont les seuls moyens de transport dans les montagnes de Grèce et de Macédoine. Les hommes sont dotés de toiles et de piquets de tentes.
◦ Le 148e RI quitte Toulouse le 31 octobre et gagne Toulon par voie ferrée. Là, il embarque le 1er novembre sur deux bateaux, Le Duc d'Aoste et La Savoie. Après six jours de traversée, à 6 h du matin les deux bateaux accostent dans la rade de Salonique.

◦ Après un lent débarquement à cause des chevaux et des mulets, le 148e RI se met en marche et défile dans la ville, musique et drapeau déployé en tête. Les hommes doivent se frayer un passage à travers les convois de petits ânes chargés de couffins et conduits par des campagnards, sur une route blanche de poussière qui les mène à Zeitenlick, à quelques kilomètres au nord-ouest de Salonique.
◦ Le 148e RI installe son camp à Zeitenlick et dresse ses tentes sur un sol désertique, au pied de montagnes dénudées.
◦ Les officiers et les hommes de troupe mettent du temps à se familiariser avec les règles obscures entre vendeur et acheteur qui régissent le commerce levantin.

◦ Depuis le début de l'année 1915, le calme règne dans le secteur. ''L'expédition de châtiment '' que les Autrichiens voulaient infliger à la Serbie, s'est terminée par une défaite retentissante en décembre 1914 aux monts Roudnick où 62 000 prisonniers et 200 canons autrichiens sont restés aux mains des Serbes. Mais au début de l'automne 1915, l'Autriche et l'Allemagne reprennent les hostilités avec l'appui de la Bulgarie et la neutralité de la Grèce; le roi Constantin de Grèce est le beau-frère du Kaiser Guillaume II...

◦ Le 1er novembre, l'armée serbe est défaite face à un ennemi sur un front très étendu, et la Serbie est occupée.
◦ Les Français et les Anglais remontent la vallée du Vardar, avec mission d'arrêter la progression des troupes bulgares et de protéger la retraite de l'armée serbe sur l'Albanie.
◦ Mais les Bulgares, soldats aguerris et coriaces, lourdement armés et connaissant bien ce milieu montagnard, font reculer les troupes de l'Armée d'Orient. Le 3 décembre sous la pression des Bulgares, la 122e Division commence son repli vers Salonique.

◦ La campagne de Serbie se termine le 16 décembre 1915 à Topcin en Macédoine grecque, où non loin de là, le 148e RI, harassé par la marche et la pluie, bivouaque dans une plaine marécageuse infectée de moustiques.
◦ Dès le 17 décembre 1915, la 122e Division procède à l’organisation du camp retranché de Salonique, dans le secteur de Dogandji et Dourmouchli. Les troupes de l’Entente (Français, Anglais, Serbes, Russes et Italiens) se fortifient dans un camp retranché afin de parer une éventuelle attaque de l’Alliance (Allemands, Autrichiens, Bulgares et Turcs). Bientôt, près de 300 000 hommes vont s'entasser dans le camp retranché de Salonique.

• Année 1916 … mois de janvier ...
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◦ En janvier, le 148e RI est dans le secteur de Dogandji, Dourmouchli, près de Topcin en Mécadoine grecque où il est arrivé le 16 décembre. Il exécute des travaux de fortification en construisant des blockhaus et des retranchements le long du fleuve Vardar.

◦ Le 148e RI participe à la mise en oeuvre d'un vaste dispositif entourant Salonique dans un rayon de 30 km, destiné à mettre à l'abri la base de débarquement.
◦ Le 148e RI construit des tranchées et des abris sur ce front. Les unités se déplacent de chantier en chantier et campent sous la tente. Leur seul ennemi du moment est la pluie et surtout '' le vent du Vardar '', un vent qui souffle par bourrasques violentes, analogue au mistral, sauf qu'il est glacé. Il fait plus de dégât dans la troupe que les dirigeables Zepellin qui passent dans le ciel pour aller bombarder Salonique. La petite tente laisse passer l'eau dès que celle-ci touche la toile. Les nuits de tempête il faut se cramponner au mat des tentes et des marabouts, une tente conique plus spacieuse.

◦ Les Serbes veulent prendre leur revanche et rejoignent Salonique en s'ajoutant aux forces alliées pour la Campagne de Macédoine.
◦ Le 7 janvier, la 122e Div est renforcée par deux bataillons du 2e Bis de Zouaves où se trouve probablement le Mesnilois Louis Labat.
◦ Le 10 janvier 1916, Fernand BOULANGER rejoint le 148e RI. Le lendemain, le Journal des Marches et Opérations du 148e RI, précise le ''Régiment reçoit un renfort venant du Dépot de la 122e Division et composée de: un Officier, un sergent, deux caporaux et 30 hommes de troupe'' ; parmi ces derniers doit en principe se trouver Fernand BOULANGER. Dès son arrivée il participe à la construction des retranchements le long du Vardar, assurant la protection du grand port de Salonique. Les hommes du 148e RI aménagent des tranchées et des abris, dans des conditions difficiles dues au climat. Les pluies importantes font déborder le fleuve Vardar.

◦ Le 14 janvier, à l'occasion du premier jour de l'an grec, la musique et les clairons du régiment vont jouer à Salonique de 18h à 19h. Pour les autres, les travaux continuent.
◦ Le 15 janvier, le 148e RI achève l'organisation de la deuxième position au nord de la ferme de Topcin.
◦ Afin de se prémunir contre le scorbut, les poilus de l'Armée d'Orient cultivent des plants de salades près de leur camp. D'où le surnom de ''Jardiniers de Salonique'' un peu moqueur donné par Clemenceau, le ministre de la Guerre.

• Année 1916 … mois de février et mars ...
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◦ Pendant tout le mois de février, aux travaux de fortification se sont rajoutés la construction d'une route entre Topcin et Dourmouchli et celle d'un remblai de deux mètres de haut devant servir à une voie de chemin de fer de type Decauville (**).
◦ À peine arrivé dans ce contexte assez pénible physiquement, Fernand BOULANGER est atteint d'une ostéomyélite suraiguë du fémur, il est envoyé à l'Hôpital temporaire n°7 à Vannes, rue Hoche, où il entre le 27 février 1916.
◦ La maladie emportera Fernand BOULANGER le mercredi 1er mars 1916 à 12h 45, à 18 ans, avec pour témoins Alexandre Maurice (44 ans) et Jean-Louis Le Bihan (40) ans, tous deux sergents infirmiers, domiciliés à Vannes, comme le précise l'acte de décès rédigé le même jour à 17 heures, par Charles Constant Édouard Hognon, Officier d'Académie, adjoint au Maire de Vannes et délégué par lui comme officier de l'état civil.

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• Le registre matricule militaire précise :
◦ « Décédé le 1er mars 1916 à l'Hôpital complémentaire N°7 à Vannes, rue Hoche, d’ostéomyélite suraiguë du fémur droit » contractée au dépôt. Campagnes contre l'Allemagne du 10 janvier 1916 au 1er mars 1916. Il n'y a pas lieu de porter la mention mort pour la France ( note du 4 août 1916 du 148e Inf. ».
◦ La fiche référence n°5432958, précise : « Genre de mort : maladie aggravée au service ou non imputable au service / Mention Mort pour la France : Non ».
▪ La mention «Mort pour la France» est accordée suivant certaines conditions, en vertu des articles L. 488 à L. 492 bis du code des Pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre
• Un extrait du registre a été envoyé le 2 mars 1916 au Mesnil-Théribus.
• Fernand Boulanger est inhumé au Carré militaire de ''Boismoreau'', à Vannes., carré 30, rang 8, tombe 143.
• « Un secours de 150 francs a été payé le 11 mai 1920 à Mr Boulanger Désiré (père) au Mesnil-Théribus ».
• Le 17 décembre 1920, le corps de Fernand BOULANGER est transféré au Mesnil-Théribus, dans la concession N°130 de la famille Boulanger, demandée par le père Désiré-Germain BOULANGER; l'emplacement est situé dans la partie centrale du mur Sud. Il sera rejoint en 1921 par le corps de son frère Georges.
• L'acte de décès n°1 est transcrit au Mesnil-Théribus le 19 janvier 1925.

• nota (*) : le registre des décès de l'Hôpital temporaire N°7, indique que Fernand BOULANGER fait partie de la 28e Cie du 148e RI, alors que les Journaux des Marches et Opérations du 148e RI, n'en fait pas mention dans la mesure où ce régiment ne compte que trois bataillons dont les Compagnies sont numérotées de 1 à 12.

• nota (**) : c'est un train identique à celui du P'tit Train de la Haute Somme entre Froissy et Dompierre. Ce train Decauville a été conçu au départ pour le transport des betteraves; là, il est adapté pour amener le plus discrètement possible, les munitions au plus près du front.

• note sur le Monument aux Morts pour la France (M.A.M.) du Mesnil-Théribus.
◦.............En respect de la loi du 25 octobre 1919 sur la « commémoration et la glorification des morts pour la France au cours de la Grande Guerre », il a été prévu au budget de la Commune pour 1921, une somme prévisionnelle de 4500 F, délibération N°59 du 13 juin 1920.
▪....................La souscription publique ayant rapportée 2000 F, '' (…) le devoir impose à la Municipalité de perpétuer par un monument digne de leur sacrifice, le souvenir des enfants de la commune Morts pour la défense de leur pays.(...) la Commune sera imposée en 1921, par addition au principal de ses quatre contributions directes, de 46 centimes extraordinaires pour le monument aux Morts pour la France devant produire environ la somme de 2509F30 (…) .''
▪....................Inscrite au budget de la commune, la dépense a fait l'objet d'une délibération du Conseil Municipal le 13 juin 1920. La subvention de l'État dépendait du nombre de soldats morts par rapport au nombre d'habitants recensés en 1911, en vertu de l'article 81 de la loi du 31 juillet 1920. Soit pour le Mesnil-Théribus, 19 soldats morts (***), pour une population de 422 habitants recensés en 1911, représentant 141 ménages répartis dans 152 maisons.
◦...........Le M.A.M. était situé initialement sur la place du village (****) comme on peut le voir sur une carte postale de 1930. En vertu de l′article 28 de la loi du 9 décembre 1905 relative à la séparation des Églises et de l'État, il ne comporte pas d'insigne religieux. Il a donné lieu à une inauguration, suivi probablement d'un banquet républicain.
▪...................Ce monument a été ensuite déplacé au cimetière comme on peut le voir aujourd'hui.
▪...................Lorsqu'on voulait que le monument fût surmonté d'un signe religieux, il était érigé directement dans l'enceinte du cimetière .

◦...........Nota (***) : au moins ceux qui sont inscrits sur le M.A.M. du Mesnil-Théribus. Tous n'y sont pas inscrits, comme par exemple Louis Clovis Alfred Rousselin, natif de Lalandelle, caporal au 51e RI, 1ère Cie, pourtant domicilié en dernier lieu au Mesnil-Théribus, et décédé à Chignoles dans la Somme le 13 septembre 1916. Il figure également sur le M.A.M. de Bachivillers ( peut-être parce qu'il y avait épousé Anne Marie Turnel le 8 janvier 1906 ).

◦..........nota (****) : était-ce la place dite de Grasse ? Du nom de l'ancien propriétaire du château de Beaufresne avant Mary Cassatt, et dont il reste une concession au cimetière, octroyée le 20 août 1882 à Madame la Marquise de Grasse, n° plan 85-87 à 89.

fin